Actualités

Suppression du changement d’heure : en 2026 ou pas

Photo of author

Par Pascale

Fin du changement d'heure été/hiver : pour quand ?

Chaque année, à la fin d’octobre, les aiguilles reculent et les visages se crispent. Le rituel du changement d’heure, instauré depuis plus de quarante ans, perdure malgré les promesses de réforme. Ce qui devait être une mesure temporaire s’est mué en une habitude collective, devenue difficile à justifier.

En 2019, le Parlement européen avait pourtant voté la suppression du dispositif. Mais entre désaccords politiques, priorités déplacées et prudence diplomatique, la promesse n’a jamais été concrétisée. À Bruxelles, le dossier dort dans les tiroirs. Dans les foyers, il revient chaque automne comme une fatalité.

La situation illustre un paradoxe européen : tout le monde s’accorde sur l’obsolescence du système heure d’été/heure d’hiver, mais personne ne veut prendre la responsabilité de l’abolir.

Heure d’hiver/heure d’été : un dispositif en place depuis des décennies

Retour sur les origines du système horaire saisonnier

Né dans un contexte de crise énergétique, le changement d’heure avait une logique simple : économiser l’électricité. En 1976, la France l’adopte pour la première fois, suivie rapidement par ses voisins européens. L’idée était de rapprocher les heures d’activité humaine de la lumière naturelle et de réduire le recours à l’éclairage artificiel.

Durant les premières années, la mesure a semblé efficace. Les économies réalisées étaient tangibles dans un monde encore dominé par les lampes à incandescence. Mais les décennies ont passé, et l’efficacité énergétique a changé d’échelle. Ce qui fonctionnait en 1976 ne pèse plus grand-chose en 2025.

Les économies d’énergie : un argument qui ne convainc plus

Les études se succèdent et aboutissent toutes au même constat : les économies réalisées sont désormais dérisoires. L’Ademe, l’agence française de la transition écologique, estime le gain énergétique à moins de 0,1 % de la consommation nationale. Autant dire, presque rien.

Dans certaines zones, le décalage horaire a même un effet inverse : les foyers s’éveillent dans le noir, allument plus tôt le chauffage et consomment davantage d’électricité. Ce que l’on gagne le soir est perdu le matin. L’équation énergétique ne tient plus.

Un système critiqué depuis des années

Les critiques ne se limitent plus aux considérations techniques. Les médecins, les enseignants et les associations de parents d’élèves dénoncent depuis longtemps les effets du changement d’heure sur le sommeil et la santé.

Selon les études menées par l’Inserm et plusieurs universités européennes, ce décalage saisonnier perturbe le rythme circadien, provoquant des troubles de la concentration, une fatigue accrue et une irritabilité passagère. Ce sont des effets temporaires, certes, mais récurrents.

Dans l’opinion publique, la lassitude est palpable. Beaucoup considèrent la mesure comme un vestige administratif sans réelle utilité. Et chaque année, au moment d’ajuster les pendules, le débat ressurgit : pourquoi continuer ?

Avec l'heure d'hiver, il fait nuit trop tôt
Le passage à l’heure d’hiver est synonyme de nuit précoce

Le passage à l’heure d’été en 2026

Le calendrier du changement d’heure est réglé comme une mécanique européenne. Le passage à l’heure d’été se fera dimanche 29 mars 2026, celui à l’heure d’hiver le dimanche 25 octobre 2026. Cette uniformité vise à maintenir la cohérence des échanges économiques et des transports sur tout le continent européen.

Le dimanche 29 mars 2026, il faudra donc avancer sa montre d’une heure pour repasser à l’heure d’été. Une habitude que plus personne ne remet vraiment en cause… parce que plus rien n’avance.

En France, aucune évolution n’est prévue à court terme. Le gouvernement se contente d’appliquer la directive en vigueur. Sauf décision contraire de Bruxelles, le rythme restera inchangé pour 2026. Le système continue donc, par inertie plus que par conviction.

Pourquoi le changement d’heure est toujours en vigueur ?

Ce blocage est avant tout politique. Les pays européens sont divisés sur le choix de l’heure permanente à adopter. Les nations du Nord privilégient l’heure d’hiver, plus adaptée à leur latitude. Celles du Sud, au contraire, défendent l’heure d’été pour profiter de soirées plus longues. Ce désaccord empêche tout compromis.

La Commission européenne, bien qu’ouverte à la réforme, n’a pas repris le sujet depuis 2020. Les priorités se sont déplacées : pandémie, inflation, guerre en Ukraine. Autant de dossiers jugés plus urgents.

Quant aux États membres, ils refusent d’agir seuls. Une décision isolée créerait un désalignement horaire entre voisins et perturberait les échanges. Résultat : tout le monde attend que les autres bougent. Et le changement d’heure, lui, reste bien ancré.

Les Français favorables à la suppression du changement d’heure

Un rejet massif confirmé par les chiffres

Lors d’une grande consultation publique organisée par l’Assemblée nationale en 2019, plus de 80 % des participants se sont déclarés favorables à la suppression du changement d’heure. Ce chiffre illustre une tendance lourde, déjà observée dans d’autres enquêtes européennes.

Les Français expriment avant tout une lassitude face à un dispositif qu’ils jugent dépassé. Beaucoup évoquent une perturbation de leur rythme biologique, notamment au moment du passage à l’heure d’hiver. Les professionnels de santé confirment que cette désynchronisation temporaire peut avoir un impact sur le sommeil, la concentration ou l’humeur.

Malgré ce constat, le sujet reste sans suite politique. Le gouvernement français, comme d’autres en Europe, préfère attendre une décision commune au niveau de l’Union avant de s’engager.

Heure d’été ou heure d’hiver : les préférences qui se dessinent

Parmi les Français favorables à la fin du système actuel, la majorité se dit attachée à l’heure d’été permanente. Ce choix correspond à une envie de journées plus longues et de soirées plus lumineuses. L’heure d’été est perçue comme plus agréable pour la vie sociale, le tourisme et les activités de plein air.

Mais certains experts rappellent que ce choix ne serait pas sans conséquences. En hiver, il ferait encore nuit au moment du départ à l’école ou au travail, ce qui pourrait accentuer la fatigue matinale et les risques d’accidents. Ce débat entre lumière du soir et lumière du matin illustre la complexité du dossier.

Avec l'heure d'été toute l'année, il ferait encore nuit le matin en hiver
Garder l’heure d’été toute l’année, c’est moins de lumière le matin en hiver

Les scénarios envisageables pour sortir du changement d’heure

Laisser chaque pays choisir son fuseau : une piste controversée

Cette solution, envisagée un temps par Bruxelles, permettrait à chaque État membre de décider s’il reste à l’heure d’hiver ou d’été de manière permanente. En théorie, cela donnerait de la souplesse. En pratique, cela créerait un casse-tête pour la coordination européenne.

Des pays voisins pourraient se retrouver avec une heure d’écart malgré des échanges économiques étroits. Les transports aériens, ferroviaires ou routiers seraient affectés, tout comme les entreprises opérant dans plusieurs fuseaux. Cette approche risquerait donc de fragmenter encore davantage l’espace européen.

Harmonisation européenne : condition indispensable pour avancer

L’Union européenne souhaite éviter ce scénario chaotique. Pour avancer, il faudrait que les 27 États membres se mettent d’accord sur un calendrier commun et une heure de référence. Cette harmonisation est jugée indispensable pour préserver la fluidité du marché intérieur.

Cependant, parvenir à un tel consensus relève du défi. Chaque pays a ses spécificités géographiques et ses préférences culturelles. Tant que ces divergences subsisteront, aucune réforme coordonnée ne pourra être appliquée.

Une réforme votée… mais jamais appliquée

Ce qu’avait décidé le Parlement européen en 2019

En mars 2019, le Parlement européen avait voté en faveur de la fin du changement d’heure à partir de 2021. Chaque pays devait alors choisir de rester définitivement à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver. L’initiative faisait suite à une vaste consultation publique où plusieurs millions de citoyens s’étaient exprimés.

L’idée avait séduit à l’époque, portée par le sentiment que ce rituel semestriel était devenu anachronique. Mais le texte nécessitait l’approbation du Conseil de l’Union européenne, où siègent les gouvernements nationaux. C’est là que le processus s’est enrayé.

Les blocages côté Commission et États membres

Depuis 2019, le dossier n’a jamais été repris sérieusement par la Commission européenne. Les États membres, eux, n’ont pas réussi à trouver une position commune. Les priorités politiques ont évolué : entre la pandémie, la crise énergétique et les tensions économiques, le calendrier législatif européen s’est saturé.

Résultat : le projet est resté en suspens, sans qu’aucune date de reprise ne soit fixée. Le sujet n’apparaît plus dans les priorités de la Commission actuelle.

Le dossier est-il définitivement enterré ?

Officiellement, non. Mais dans les faits, le débat s’est éteint. Aucun État n’a demandé sa réouverture, et aucune proposition concrète n’est sur la table. La suppression du changement d’heure reste inscrite dans les textes, mais sans application ni échéance.

Certains députés européens tentent ponctuellement de relancer la discussion, notamment dans les pays nordiques, où l’impact sur la santé est plus marqué. Sans impulsion politique forte, le dossier ne devrait pas avancer.

À quoi s’attendre en 2026, 2027 et pour la suite

Les prochaines années devraient donc suivre le même rythme : passage à l’heure d’été en mars, retour à l’heure d’hiver en octobre. Les citoyens continueront d’adapter leurs horloges, leurs appareils électroniques et leurs habitudes.

 

À moyen terme, la question pourrait revenir sur la table, portée par la pression de l’opinion publique et les arguments de santé publique. Mais rien n’indique qu’un changement interviendra avant la fin de la décennie.

Le changement d’heure, bien que remis en cause par une large majorité de citoyens, reste la norme en Europe. Le cadre juridique est figé, et les discussions sont à l’arrêt.

Les prochaines années ne devraient apporter aucune réforme significative. Seule une relance politique forte pourrait modifier cette trajectoire. Pour l’instant, il faudra encore avancer ou reculer sa montre deux fois par an.