Management

L’assertivité au travail : s’affirmer sans écraser ni s’effacer

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Par Pascale

Développer son assertivité : oser s'affirmer sans écraser les autres

Lundi 9h. Réunion d’équipe. Votre manager vous demande de reprendre le dossier Dupont « pour demain si possible ». Vous avez déjà trois urgences. Vous sentez la pression monter. Que dites-vous ?

Option A : « D’accord » (en serrant les dents).
Option B : « Encore ! C’est toujours sur moi que ça tombe ! »
Option C : « Je comprends l’urgence. Avec ma charge actuelle, je peux le livrer vendredi. Ou alors, on priorise ensemble ? »

Seule la troisième option préserve à la fois le projet et votre équilibre. Elle a un nom : l’assertivité. Cette compétence relationnelle permet de s’affirmer sans écraser, de refuser sans blesser, de négocier sans s’effacer. Dans un monde professionnel où la pression s’intensifie et où la qualité des relations fait la différence, l’assertivité n’est plus un luxe. C’est une nécessité.

L’assertivité, bien plus qu’une compétence relationnelle

L’assertivité n’est pas un trait de caractère figé. C’est une compétence relationnelle qui s’apprend, se teste, s’ajuste. Elle consiste à exprimer clairement ses besoins, ses idées, ses limites, tout en respectant ceux des autres. En milieu professionnel, une attitude assertive apporte une communication efficace : le message est net, le ton mesuré, l’intention lisible. On sort des sous-entendus. On clarifie.

Dans le langage courant, l’assertivité se confond parfois avec l’agressivité. Erreur fondamentale. L’agressivité vise l’autre alors que l’assertivité protège la relation. Elle s’appuie sur l’affirmation de soi et la recherche d’un équilibre. Elle s’exprime à travers des comportements observables : une écoute active réelle, des demandes précises, une transparence sur les contraintes. Ce n’est pas un vernis rhétorique : c’est une communication authentique qui responsabilise chacun.

L’assertivité s’inscrit aussi dans le champ des soft skills. Elle croise l’intelligence émotionnelle, la gestion des émotions, la capacité à désamorcer les conflits. Elle contribue au bien-être au travail : moins de tensions latentes, plus de lisibilité des rôles, de meilleures relations professionnelles. Dans les équipes, elle soutient l’engagement en conférant du sens aux actions.

Vous avez dit assertif ? Portrait d’une posture équilibrée

Une personne assertive ne parle ni trop fort ni trop bas ; elle parle juste.  Elle sait dire non sans blesser, demander un délai sans s’excuser excessivement, reformuler une critique sans piquer. Sa posture assertive tient à peu de choses : un regard franc, une voix stable, des mots simples, un raisonnement qui sépare les faits des jugements.

Les trois styles relationnels

On distingue classiquement trois styles de communication :

Le passif évite le conflit mais accumule la frustration. Il dit oui par réflexe, rumine en silence, et finit par exploser ou démissionner intérieurement.

L’agressif obtient parfois vite, mais dégrade la relation. Il impose, coupe la parole, et laisse des traces toxiques dans l’équipe.

L’assertif, lui, pose un cadre clair : il défend ses droits tout en considérant ceux d’autrui. Il négocie, argumente, et cherche des solutions viables pour tous.

L'assertif ose s'affirmer tout en respectant les autres
Une personne assertive ose s’affirmer sans manquer de respect aux autres

Reconnaître l’assertivité au quotidien

Au quotidien, cela se voit lors d’une participation active en réunion, d’une demande d’arbitrage, ou d’une réponse aux réactions aux critiques : on écoute, on analyse ce qui se joue émotionnellement, on répond sur le fond.

L’assertivité ne gomme pas la hiérarchie ; elle la rend plus saine. Elle n’empêche pas les désaccords ; elle les rend productifs. Elle révèle votre signature professionnelle : une façon singulière d’apporter du solide sans dominer, d’être clair sans être cassant.

« Je veux qu’on me respecte, mais sans conflit » : le dilemme du salarié moderne

La plupart des professionnels veulent être reconnus sans créer de vagues. C’est humain. C’est aussi le piège. L’assertivité introduit un concept libérateur : le « oui conditionnel ».

Un exemple concret :

Scène 1 – Version passive
— « Je dois rendre le dossier demain, mais j’ai déjà deux urgences. »
— « Débrouille-toi. »
(Le salarié accepte, sabote sa santé, livre un travail bâclé.)

Scène 2 – Version assertive
— « Je dois rendre le dossier demain, mais j’ai déjà deux urgences. »
— « Qu’est-ce qui est prioritaire pour vous, concrètement ? »
— « Le rapport client. »
— « Très bien. Je peux livrer le dossier vendredi avec toutes les vérifications nécessaires. Sinon, il sera incomplet demain. Vous préférez quoi ? »

Cette scène tient en quelques répliques et change l’ambiance d’une semaine. On y trouve un management assertif côté manager (clarification des priorités), et de l’assertivité côté collaborateur (exposer la réalité, poser une limite argumentée). Rien d’hostile. Tout est dit. La pression n’a pas disparu, mais elle devient gérable car partagée et arbitrée.

— « Je dois rendre le dossier demain, mais j’ai déjà deux urgences. »
— « Qu’est-ce qui est prioritaire pour vous, concrètement ? »
— « Le rapport client. »
— « Très bien. Je peux livrer le dossier vendredi. Sinon, il sera incomplet. »

Cette scène tient en quatre répliques et change l’ambiance d’une semaine. On y trouve un management assertif côté manager (clarification des priorités), et de l’assertivité côté collaborateur (exposer la surcharge de travail, poser une limite claire). Rien d’hostile. Tout est dit. La pression au travail n’a pas disparu, mais elle devient gérable, car partagée et arbitrée.

Le « oui conditionnel » en pratique

  • Oui, si les moyens suivent
  • Oui, si la qualité n’est pas compromise
  • Oui, si le délai est réaliste
  • Oui, si on repousse autre chose

Ce « oui » structuré évite l’amertume et nourrit l’harmonie dans l’équipe. On ne promet plus l’impossible. On n’insinue plus. On explique, on propose, on négocie.

Boîte à outils : 6 leviers pour une communication assertive

Sans créer un manuel, Voici des techniques concrètes que vous pouvez intégrer dès maintenant.

1 – La clarté du message

Principe : Exprimez le besoin, la contrainte, la demande en une phrase.

Exemple :
❌ « Euh, si jamais c’est possible, enfin je sais pas, mais bon… »
✅ « J’ai besoin d’un jour supplémentaire pour fiabiliser la recommandation. Sans cela, le risque d’erreur augmente. Je vous propose une livraison vendredi 16h. »

C’est bref. Précis. La relation respire.

2 – L’écoute active.

Principe : Ne vous contentez pas de hocher la tête. Reformulez pour vérifier.

Exemple :
« Si je comprends bien, vous attendez une version prête à présenter au comité d’ici jeudi, c’est ça ? »

Cette reformulation crée un sens commun. Elle réduit les interprétations, source classique de conflit.

3 – La critique constructive.

Principe : Faits observés + effets + attentes. Pas d’attaque personnelle.

Exemple :
❌ « Tu es toujours en retard, c’est insupportable ! »
✅ « Lorsque la présentation arrive au dernier moment, l’équipe ne peut pas vérifier les données. Pour la prochaine échéance, j’aimerais un envoi la veille à 17h. Ça te va ? »

On s’en tient aux faits. On ne disqualifie pas la personne.

4 – La communication non violente.

Structure : Observation + Émotion + Besoin + Demande

Exemple :
« Quand les réunions débordent (observation), je me sens sous pression (émotion). J’ai besoin de préserver un créneau de préparation (besoin). Pourrions-nous finir à l’heure convenue ? (demande) »

Particulièrement utile en situation tendue.

5 – La gestion des émotions.

Principe : Reconnaître ce que vous ressentez sans le refouler.

Vous êtes en colère ? Notez-le. Respirez trois fois. Puis revenez au fond du sujet. Cette régulation émotionnelle est au cœur de l’intelligence émotionnelle : vous ne niez pas vos émotions, vous les traversez pour agir lucidement.

6 – Gérer les conflits.

Principe : Conflit ≠ violence. C’est un désaccord sur des moyens, des priorités, des critères.

Traitez-le comme un problème à résoudre :

  • Exposez les hypothèses de chacun,
  • Proposez des alternatives,
  • Validez un plan d’action,
  • Tracez-le par écrit.

La transparence protège tout le monde et évite les retours de bâton.

Le management assertif : leadership, bienveillance et clarté

Côté manager, l’assertivité façonne un leadership équlibre. On pose le cadre (objectifs, rôles, critères) et on prend soin (bienveillance active, écoute réelle, arbitrages visibles). La dynamique de groupe y gagne : les priorités sont explicites, la parole circule, les décisions s’expliquent.

Le management assertif n’est pas de la politesse déguisée. Il assume de :

  • dire non à la tâche de trop,
  • recadrer une dérive,
  • soutenir un collaborateur mis en difficulté.

Un management assertif encourage la participation en réunion sans craindre les conflits

Ce que le management assertif permet

Il encourage la participation active en réunion : tour de table structuré, gestion du temps, reformulations, décisions tracées. Il entretient le respect mutuel au quotidien : salutations, délais réalistes, remerciements concrets et personnalisés.

Résultat : l’engagement augmente. Les personnes comprennent pourquoi elles travaillent et comment progresser. On protège l’équipe de la dispersion. On autorise la parole sur la charge. On valorise les progrès visibles plutôt que les heures passées.

Développer son assertivité : progresser, seul ou accompagné

Apprendre l’assertivité, c’est essayer, rater parfois, corriger. Une progression réaliste s’appuie sur de petits pas, puis des cas pratiques :

  • demander une précision de périmètre en réunion,
  • formuler un refus argumenté par email
  • proposer une alternative soutenable à un délai impossible

Chaque essai apporte des informations : ce qui déclenche votre stress, ce qui améliore la relation, ce qui manque pour oser plus.

L’accompagnement accélère l’apprentissage

Un coaching relationnel vous aide à démêler vos scénarios internes, à repérer vos pièges : vous excuser trop, menacer trop vite, ironiser pour éviter.

Une formation à l’assertivité met en situation, entraîne la voix, travaille la posture.

Les ateliers de prise de parole jouent la scène : on teste, on ajuste, on recommence dans un cadre bienveillant.

Peu à peu, les automatismes changent. La communication authentique devient votre base. Vous exprimez vos contraintes sans vous excuser d’exister. Vous défendez la qualité sans dénigrer. Vous osez nommer les priorités. Et vous gagnez en confort de travail.

L'assertivité s'apprend par coaching personnalisé ou lors d'ateliers collectifs

Mes 5 actions simples pour devenir plus assertif au travail

  1. Observer mon style dominant (passif, agressif, assertif) pendant une semaine dans différentes situations
  2. Dire « non » à une demande mineure, en proposant une alternative datée.
    Exemple : « Je ne peux pas relire ton document ce soir, mais je peux le faire demain à 14h. »
  3. Pratiquer la reformulation à chaud en réunion, au moins une fois par jour.
  4. Donner un feedback factuel et bienveillant à un collègue cette semaine sur un point précis.
  5. Rencontrer mon manager pour clarifier une attente floue (délai, format, priorité, critère de réussite).

Et maintenant, on fait quoi ?

L’assertivité n’éteint pas tous les problèmes. Elle offre mieux : une façon claire d’être en relation au travail. Une place juste. Ni au-dessus, ni en dessous. Vous gagnez en communication efficace, l’équipe gagne en cohésion, le projet en lisibilité.

Commencez par un point simple : un « non » expliqué, une reformulation en réunion, une demande précise envoyée par écrit. L’élan suivra. Votre posture se consolidera. Pas à pas, vous construirez une attitude professionnelle plus solide, plus confortable, plus vraie.

Parce qu’au fond, l’assertivité, c’est accepter d’être pleinement présent. Sans armure. Sans faux-semblant. Juste là.

Questions fréquentes à propos de l’assertivité au travail

Comment développer son assertivité sans heurter ses collègues ?

Commencez par des micro-actions : formuler une demande claire, reformuler un point sensible, expliciter une contrainte. Utilisez un ton posé, des faits observables, une intention de respect mutuel. La transparence désamorce les malentendus. Montrez que vous cherchez une solution, pas un coupable. La transparence désamorce les malentendus et construit la confiance sur le long terme.

L’assertivité est-elle compatible avec une forte hiérarchie ?

Absolument. Elle ne conteste pas l’autorité ; elle structure l’échange pour le rendre plus efficace. En hiérarchie forte, l’assertivité permet de clarifier les priorités réelles, de signaler une surcharge de travail avant la rupture, et de proposer des arbitrages concrets. C’est un appui précieux pour le management assertif, qui gagne en visibilité sur les obstacles terrain.

Quels indicateurs montrent que je progresse en assertivité ?

Vous constaterez : moins de tensions non dites qui ressortent en fin de semaine, plus de participation assumée en réunion, des retours positifs sur votre clarté, une meilleure gestion de vos émotions en situation tendue. Vous osez dire non quand c’est nécessaire, sans culpabiliser pendant trois jours. Votre confiance en vous augmente, et vos collègues vous sollicitent davantage pour des arbitrages ou des feedbacks. C’est le signe que vous incarnez une posture fiable.