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Qu’est-ce que les Incoterms ? Quelles responsabilités pour le vendeur et l’acheteur ?

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Par Pascale

A quoi servent les incoterms

Les Incoterms reviennent sur presque tous les devis et contrats de vente internationale, mais ils restent souvent flous pour une partie des équipes. Pourtant, ces trois lettres indiquent très concrètement qui organise le transport, qui paie quels frais, et à partir de quel moment la marchandise n’est plus sous la responsabilité du vendeur.

Pour un salarié en ADV, en commerce, en comptabilité ou en logistique, comprendre les Incoterms permet de mieux lire une commande, d’anticiper les coûts de transport, de limiter les litiges et de suivre plus finement la marge réalisée sur une opération. C’est aussi un moyen d’échanger plus facilement avec les transitaires, les clients et les autres services, sans se perdre dans les interprétations.

Avec quelques repères simples, vous pourrez identifier plus clairement ce que couvre un Incoterm, ce qu’il ne couvre pas et les effets concrets sur le prix de vente, la gestion des risques et l’organisation du flux.

Incoterms : la définition en une phrase

Les Incoterms, pour International Commercial Terms, sont un ensemble de règles internationales publiées par l’ICC (International Chamber of Commerce). Ils définissent la répartition des tâches, des coûts et des risques entre vendeur et acheteur pour la livraison de marchandises.

Autrement dit, un Incoterm répond toujours à quelques questions très concrètes : qui paie le transport, l’assurance éventuelle et certains frais annexes ? À partir de quel point précis le risque de perte ou d’avarie bascule du vendeur vers l’acheteur ? Qui réalise les formalités douanières à l’export et à l’import ? La version actuellement en vigueur est celle des Incoterms® 2020, entrée en application au 1er janvier 2020.

A quoi servent les Incoterms, concrètement ?

Dans une vente internationale, plusieurs acteurs interviennent : vendeur, acheteur, transporteurs, assureurs, douanes. Les Incoterms servent de référence commune pour que chacun sache ce qu’il a à faire et jusqu’où va sa responsabilité.

Ils permettent notamment de :

  • Partager les coûts de transport : selon l’Incoterm, le vendeur supporte tout ou partie des frais (pré-acheminement, fret principal, post-acheminement).
  • Identifier le point de transfert des risques : un lieu précis où l’on considère que la marchandise n’est plus sous la responsabilité du vendeur.
  • Répartir certaines obligations : formalités douanières, assurances, fourniture de documents de transport.
Pour l’entreprise, l’usage des Incoterms a des conséquences positives immédiates. Les devis sont plus fiables, parce que chacun sait quels coûts de transport inclure ou non. Les discussions avec les clients et les transitaires sont plus simples et il y a moins de litiges lorsque des marchandises sont endommagées ou bloquées en douane. On comprend aussi mieux pourquoi un prix de vente varie d’une commande à l’autre : la part liée au transport et à la logistique ressort plus clairement, ce qui facilite l’analyse des marges.
Un Incoterm, en revanche, ne règle pas tout. Il ne fixe ni le prix de vente, ni les modalités de paiement, ni le moment où la propriété des marchandises est transférée au client. Il ne dit rien non plus sur la loi applicable au contrat. Tous ces points doivent être définis ailleurs, dans le contrat de vente, dans les conditions générales ou dans des accords spécifiques négociés entre les parties.
Les incoterms FAS, FOB, CIF et CFR sont applicables pour les transports fluviaux ou maritimes

Les 11 Incoterms : liste et familles

Les règles Incoterms® 2020 comprennent onze termes à trois lettres. Ils se répartissent selon le mode de transport et le niveau d’engagement du vendeur.

Liste des Incoterms multimodaux

Les Incoterms suivants peuvent s’utiliser quel que soit le mode de transport, ou pour une combinaison de modes :
  • EXW – Ex Works (À l’usine)
  • FCA – Free Carrier (Franco transporteur)
  • CPT – Carriage Paid To (Port payé jusqu’à)
  • CIP – Carriage and Insurance Paid to (Port payé, assurance comprise, jusqu’à)
  • DAP – Delivered At Place (Rendu au lieu de destination)
  • DPU – Delivered at Place Unloaded (Rendu au lieu de destination déchargé)
  • DDP – Delivered Duty Paid (Rendu droits acquittés)

Incoterms maritimes et fluviaux

Les règles suivantes sont prévues pour le transport par mer ou voies fluviales, lorsque la marchandise est chargée et déchargée directement à partir d’un navire :
  • FAS – Free Alongside Ship (Franco le long du navire)
  • FOB – Free On Board (Franco à bord)
  • CFR – Cost and Freight (Coût et fret)
  • CIF – Cost, Insurance and Freight (Coût, assurance et fret)
Depuis la version 2020 des Incoterms, la règle DAT a été remplacée par DPU, et certains points ont été précisés, notamment sur l’assurance et la répartition des coûts.

Tableau simplifié des responsabilités vendeur / acheteur

Ce tableau donne une vue d’ensemble des grandes responsabilités liées à chaque Incoterm : qui gère le transport principal, qui est censé assurer ce transport et qui se charge des formalités douanières. Il reste indicatif : en cas de doute, il faut toujours se référer au texte officiel des Incoterms® 2020.  

Familles E, F, C, D : la logique d’engagement du vendeur

Les Incoterms sont aussi regroupés en familles qui donnent un repère rapide sur le niveau d’engagement du vendeur :

  • Famille E : EXW
    Le vendeur a une obligation minimale. Il met simplement la marchandise à disposition dans ses locaux.
  • Famille F : FAS, FOB, FCA
    Le vendeur livre la marchandise à un transporteur ou à un point de départ choisi par l’acheteur. Le transport principal reste à la charge de l’acheteur.
  • Famille C : CFR, CIF, CPT, CIP
    Le vendeur paie le transport principal, et parfois l’assurance, mais le risque bascule vers l’acheteur dès que la marchandise est remise au premier transporteur.
  • Famille D : DAP, DPU, DDP
    Le vendeur amène la marchandise jusqu’au pays et au lieu de destination convenu, avec un niveau d’engagement élevé, notamment pour DDP.

Cette classification aide à visualiser rapidement qui supporte quoi, avant d’entrer dans le détail de chaque règle. Cette classification aide à visualiser rapidement qui supporte quoi, avant d’entrer dans le détail de chaque règle.  

Comment lire un Incoterm sans se tromper ?

Un Incoterm n’est jamais utilisé seul. Pour éviter toute ambiguïté, il doit toujours être lié à :

  • un lieu précis (ville, port, terminal, entrepôt, adresse),
  • la version des règles (Incoterms® 2020).

Une formulation correcte ressemble par exemple à : CIP Lyon – Incoterms® 2020

On y trouve :

  • le sigle de la règle (CIP),
  • le lieu où s’effectue la livraison au sens des Incoterms (Lyon, avec idéalement un site précis),
  • la version des règles pour lever tout doute.

Deux points méritent une attention particulière :

  1. Le point de transfert des risques
    C’est le cœur du dispositif. La “livraison” au sens Incoterms correspond au moment où le risque est transféré du vendeur à l’acheteur.

  2. Le niveau de détail sur le lieu
    Plus le lieu est flou (“DAP France”), plus les risques d’interprétation divergent. Un lieu précis limite les malentendus : adresse d’entrepôt, terminal portuaire nommé, etc.

Pour un lecteur non spécialiste, il est souvent utile de garder à l’esprit cette idée simple : on lit d’abord les trois lettres, puis on cherche immédiatement “où” et “à partir de quand” le risque bascule.

Selon l'incoterm, le vendeur est responsable ou non de la marchandise lors du transport
En fonction de l’incoterm, le vendeur est responsable ou non de la marchandise lors du transport

Comment choisir le bon Incoterm pour chaque vente ?

On ne choisit pas un Incoterm une fois pour toutes pour l’entreprise. On le choisit vente par vente, en fonction du client, du pays, du mode de transport et des capacités de chacun.

En pratique, l’entreprise peut définir une “boîte à outils” avec quelques Incoterms de référence, puis décider au cas par cas. Pour guider ce choix, quelques questions simples aident beaucoup :

  • Qui maîtrise le mieux la logistique sur la zone concernée : vendeur ou acheteur ?
  • Le client dispose-t-il déjà de contrats cadres avec certains transporteurs ?
  • S’agit-il d’un transport maritime en vrac, d’un conteneur, d’un transport routier ?
  • Jusqu’où le vendeur souhaite-t-il gérer la chaîne logistique (et les risques associés) ?

Quelques scénarios types

1 – Une PME qui exporte ponctuellement vers un client européen

Le client connaît bien les transporteurs internationaux et bénéficie parfois de tarifs négociés, alors que l’entreprise n’a pas de service logistique structuré. Laisser au client l’organisation du transport, tout en évitant un EXW trop déséquilibré, peut alors être plus confortable.
Conseil : un Incoterm de type FCA, avec remise de la marchandise à un transporteur désigné par le client, offre souvent un bon compromis entre simplicité et protection du vendeur.

2 – Un fabricant de biens de consommmation qui travaille avec de grands distributeurs

Ces clients imposent parfois leurs propres règles et exigent des conditions de livraison avancées, proches du “tout compris”. L’entreprise se retrouve alors à gérer des flux complexes vers des plateformes, avec des horaires et des contraintes précises.
Conseil : avant d’accepter un DAP ou un DDP souvent imposé, il est utile de vérifier en interne si les équipes logistique, finance et douane sont réellement en mesure d’assumer les obligations associées.

3 – Transport maritime de lots de marchandise vers un port bien identifié

Le flux est régulier, le port de départ et le port de destination sont les mêmes d’une expédition à l’autre, et les volumes justifient un travail approfondi sur les contrats de transport et d’assurance.
Conseil : lorsque la marchandise n’est pas en conteneur mais en vrac, des Incoterms maritimes comme CFR ou CIF peuvent être pertinents, à condition d’aligner précisément les contrats d’assurance et de transport sur la règle choisie.

Au fil du temps, beaucoup d’entreprises établissent des règles internes : Incoterms à privilégier selon les zones, Incoterms déconseillés (souvent DDP pour des raisons fiscales et douanières) et validation obligatoire par la logistique ou la finance pour certains cas sensibles.

Impact des Incoterms sur prix de vente, marges et facturation

Pour un comptable ou un contrôleur de gestion, les Incoterms ne sont pas qu’un détail lié au transport. Ils influencent directement la structure de prix et la lecture de la marge.

Incoterms et structure de prix

Selon l’Incoterm choisi, le prix de vente inclut des éléments très différents :

  • uniquement la marchandise (EXW),
  • la marchandise et une partie du transport (FCA, CPT, CIP),
  • la marchandise, le transport principal et parfois certaines opérations à destination (DAP, DPU, DDP).

Plus le vendeur s’engage loin dans la chaîne logistique, plus le prix doit intégrer de coûts : pré-acheminement jusqu’au port ou à la plateforme, fret international, assurances éventuelles, frais de manutention et de déchargement, voire droits et taxes pour un DDP.

L’enjeu est double : d’abord éviter de sous-estimer ces coûts au moment du devis, puis être en mesure d’analyser correctement la marge en séparant ce qui relève de la marchandise et ce qui correspond à la prestation logistique.

Incoterms et facturation

Sur la facture commerciale, l’Incoterm apparaît souvent à proximité des conditions de livraison. Il aide à expliquer au client pourquoi certains coûts sont inclus ou non et à justifier la différence de prix entre deux offres qui s’appuient sur des Incoterms différents. Pour l’entreprise, c’est aussi un repère pour assurer la cohérence entre devis, confirmation de commande, documents de transport et comptabilisation du chiffre d’affaires. Un même produit peut être facturé à des prix très différents selon que l’entreprise facture en EXW, en CPT ou en DAP. Sans lecture correcte de l’Incoterm, ces écarts peuvent être mal interprétés en interne comme en externe.

Erreurs fréquentes avec les Incoterms (et comment les éviter)

Certaines erreurs reviennent régulièrement, y compris dans des entreprises expérimentées.

Utiliser FOB / CFR / CIF pour des conteneurs multimodaux

Les Incoterms maritimes sont conçus pour des marchandises chargées “le long du navire” ou “à bord du navire”. Pour du conteneur, souvent pris en charge dès un terminal intérieur, ces règles s’adaptent mal.
Bonne pratique : privilégier FCA, CPT ou CIP pour les flux en conteneur.

Oublier de préciser “Incoterms® 2020”

Sans mention de la version, on ne sait pas si les parties se réfèrent à 2010 ou 2020. Les différences sont limitées mais réelles (ex. remplacement de DAT par DPU, niveau d’assurance renforcé pour CIP). 
Bonne pratique : systématiser la formule « Incoterms® 2020 » dans les documents.

Indiquer un lieu trop vague

Un “DAP France” ou “CIP Europe” ouvre la porte à des interprétations différentes : ville, entrepôt, frontière, plateforme ?
Bonne pratique : mentionner un lieu concret et précis (ville + adresse ou terminal nommé).

Confondre transfert de risques et transfert de propriété

Les Incoterms définissent le moment où le risque de perte ou d’avarie bascule. Ils ne disent rien sur la propriété des marchandises. Ce point relève du droit applicable au contrat et des conditions générales.
Bonne pratique : traiter la question de la propriété dans le contrat de vente ou les CGV, indépendamment de l’Incoterm.

Accepter DDP sans mesurer les conséquences

Avec DDP, le vendeur prend en charge droits et taxes dans le pays de destination. Cela implique une bonne maîtrise de la réglementation locale, de la TVA et des éventuelles obligations d’immatriculation.
Bonne pratique : réserver DDP aux situations où l’entreprise dispose de conseils fiscaux fiables sur le pays concerné, ou proposer plutôt un DAP / DPU avec droits et taxes à la charge de l’acheteur.

Questions fréquentes sur la définition des Incoterms (FAQ)

Qui définit les Incoterms ?

Les Incoterms sont définis et publiés par la Chambre de commerce internationale (ICC). Il s’agit d’un organisme privé basé à Paris, reconnu comme la référence mondiale pour ces règles.

Les Incoterms sont-ils obligatoires dans un contrat de vente ?

Aucun texte de loi n’impose l’usage des Incoterms. En pratique, ils sont très largement utilisés, car ils offrent un cadre standard reconnu dans le monde entier. Leur utilisation reste un choix contractuel entre vendeur et acheteur. 

Quelle est la différence entre Incoterms 2010 et Incoterms 2020 ?

Les Incoterms 2020 reprennent la plupart des règles de 2010, mais avec quelques évolutions :

  • remplacement de DAT par DPU,
  • précisions sur la répartition des coûts,
  • exigences renforcées en matière d’assurance pour CIP,
  • meilleure prise en compte des aspects sécurité.

Peut-on utiliser les Incoterms pour des ventes nationales ?

Oui, les Incoterms peuvent aussi s’appliquer à des ventes nationales. Ils sont surtout connus pour le commerce international, mais rien n’empêche de les utiliser pour des livraisons internes dès lors que les parties sont d’accord. 

Un Incoterm remplace-t-il un contrat de vente ?

Non. Les Incoterms ne sont qu’une partie de la relation contractuelle. Ils complètent le contrat de vente, les CGV, les conditions de paiement et les éventuels accords spécifiques. Ils clarifient les tâches, les coûts et les risques liés à la livraison, rien de plus.

À retenir : la définition des Incoterms en 5 points

Pour terminer, quelques repères simples à garder en tête lorsqu’on parle de définition des incoterms :

  1. Les Incoterms sont des règles internationales standardisées qui organisent la livraison de marchandises entre vendeur et acheteur.
  2. Ils définissent la répartition des tâches, des coûts et des risques, en particulier le point de transfert du risque.
  3. La version en vigueur est celle des Incoterms® 2020, avec 11 termes différents.
  4. Ils s’utilisent toujours avec un lieu précis et la mention de la version (par exemple : CIP Lyon – Incoterms® 2020).
  5. Ils n’ont pas vocation à traiter tout le contrat : prix, paiement, propriété, droit applicable doivent être définis par ailleurs.

Avec ces éléments, un salarié d’ADV, de commerce, de logistique ou de finance dispose d’une base solide pour lire correctement un Incoterm, comprendre son impact et poser les bonnes questions avant de valider un devis ou une commande.